"Japonaiseries" by E.-A. Carriere


        E. A. Carrière (1816-1896)   In botanical citations, "CARR." stands for this French botanist.  The scientific name of California's Torrey Pine (Pinus torreyana) was published by him, in Paris, in an 1855 self-published work on conifers.  He probably saw the specimens collected in San Diego five years earlier by the western botanist Charles Christopher Parry.  The spruce Picea glauca 'Pendula' was introduced by Carrière before 1867.  He was editor of Revue Horticole. 1

       On sait que les Japonais ont un talent tout particulier pour transformer les végétaux et leur faire prendre des formes plus ou moins excentriques et le plus généralement naines.  En d'autres termes, on peut dire qu'ils possèdent au plus haut degré l'art de naniser (on pourrait même dire de monstruoser les végétaux).  On peut, en ce moment, en voir de remarquables exemples au jardin japonais du Trocadéro.  Faisons toutefois remarquer que les sujets sont moins nombreux et les formes aussi beaucoup moins variées qu'elles ne l'étaient à l'Exposition de 1878, ou nous en avions fait reproduire de très-curieux exemples, peut-être même plus recommandables que ne le sont la plupart de ceux apportés en 1889.  Le moyen de le démontrer, c’est de remettre sous les yeux de nos lecteurs quelques dessins de 1878, en même temps que nous donnons les modèles de 1889. '- Ceux-ci représentent, pour la plupart, des Conifères qui, du reste, paraissent être les végétaux favoris des Japonais, mais qui, pourtant, ne sont pas les seuls qu'ils soumettent au monstruosisme ; nous allons les examiner en commençant par les formes de 1878.

Fig. 94. -- Pinus densiflora rendu difforme par l'allongement
et la transformation des racines en tiges.
Au 1/8 de grandeur naturelle.


       La figure 94 représente un Pinus densiflora, dont l'élévation, qui est relativement grande, s'est faite par l'allongement des racines a, de sorte que la tige b est portée en l'air à une distance relativement considérable du pot dans lequel ce Pinus a été élevé.

Fig. 95. -- Pinus densiflora, var. albifolia (Schiraga m'ats'u),
âgé de 150 ans.
Hauteur, 1m 20.

       La figure 95 représente encore la même espèce, c'est-à-dire un Pinus densiflora, variété albiflora, mais, alors, d'un âge extrèmement avancé, ce que, pourtant, ne semblent pas indiquer ses proportions.  En effet, plus que « centenaire », et placé qu'il était dans l'enceinte des anciens mausolées des Taïcouns, à Yeddo, sa taille est d'environ 1m 20 (croissance : 1 centimètre par an, en hauteur) ; quant au diamètre du tronc, il est à peu près celui du vase (50 centimètres).
       D'après les examples que nous venons de citer et qui se rapportent à la même espèce, au Schiraga m'ats'su (Pinus densiflora), on est autorisé à croire que cette espèce présente, dans son organisation, une plasticité particulière qui se prète à tous les caprices et qui, alors, permet de faire de cette espèce des monstres d'âge comme de formes très-différentes.
       Toutefois, faisons remarquer que les Conifères du genre Pinus ne sont pas les seules espèces soumises à ce traitement ; ainsi nous avons vu un Nageia ovata (Podocarpus ovata), absolument dans le même cas.  Bien que très-âgé, le sujet n’avait guère que 40 centimètres de hauteur ; quant à son état de santé, il était excellent.

Fig. 96. -- Rynchospermum japonicum, rendu monstrueux par l'allongement et la contournement des racines et des tiges.

       La figure 96 représente un Rhynchospermum japonicum qui appartient à la famille des Apocynées.  Planté dans une rondelle de Fougère en arbre, évidée pour la circonstance, le sujet est très-vigoureux, malgré les nombreuses mutilations dont il a été l'objet afin de le maintenir nain et monstrueux.  Rien de plus curieux que ces contournements de tige, de grosseur, d'aspects et de dispositions si diverses, surmontés d'un nombre considérable de ramilles feuillées.
       Toutes les figures dont il vient d'être question représentent des plantes qui étaient exposées en 1878 ; nous allons, maintenant, parler de quelques-unes qui figurent à l'Exposition, et qu'actuellement l'on peut voir au Trocadéro.

Fig. 97. -- Retinospora obtusa breviramea, âgé de 80 ans et
l'autre de 150 ans.

       La figure 97 représente deux Retinospora obtusa var. « breviramea », qui, très-contournés et mutilés, sont âgés, dit-on, de quatre-vingts à cent cinquante ans.  Ces arbres, très-bien portants, ont à peine 70 à 80 centimètres de hauteur.

Fig. 98. -- Pinus parviflora, âgé de 150 ans.

       La figure 98 représente un Pinus parviflora.  Cette espèce, appartenant à la section Strobus, qui, outre la forme et la durée de ses cônes, qui sont annuels, allongés, à écailles dépourvues de protubérance ou d'apophyse, ont cinq feuilles à la gaine, est âgé de cent cinquante ans 1, dit l'étiquette.
        1 Toutefois, ce nombre d'années qu'accusent les Japonais est certainement exagéré ; ce qui suffirait à le démontrer, ce sont ces chiffres, qui, presque toujours les mêmes, passent ordinairement un siècles ou s'en écartent peu.

Fig. 99. -- Groupe paysager, représentant un jardin pittoresque en miniature, composé de végétaux soumis au nanisme, composé de Retinospora obtusa breviramea, Pinus parviflora, Bambous, etc.; le tout nanisé ; plantés sur les tronçons de Fougère évidés pour cet usage.

       La figure 99 constitue un groupe simulant à la fois, sous l'aspect d'un rocher vivant, c'est-à-dire dont les pierres et la maçonnerie sont exclues, un jardin pittoresque en miniature, et où les pierres sont remplacées par des troncs ou des morceaux de Fougères évidés et appropriés à la circonstance.  Toutes les plantes ont été également préparées, de manière à être en rapport harmonique avec l'ensemble.  La plus forte de ces plantes, celle qui domine, et qui, est très-vieille et monstrueuse, est un Retinospora obtusa, de la variété que les Japonais nomment breviramea ; sur la gauche, à l'extrémité, est un Pinus parviflora.  Dans l'ensemble, suivant l'emplacement et l'effet recherché, on a mis des plantes naines, à l'état naturel, ou nanisées pour la circonstance, telles que : Taxus, Abies bifida, Bambusa, Juniperus japonica, Retinospora pisifera, une sorte d'Azalée à feuilles étroites, à fleurs rouges, qui semble se rattacher au groupe des indica.
       Relativement à l'ensemble des cultures japonaises se rapportant aux végétaux ligneux, faisons cette observation générale :
       Les plantes d'ornement, quelle qu'en soit l'espèce ou la nature, ne sont pas non plus les seules que les Japonais déforment ou nanisent ; ils exercent ce même talent de déformation sur les arbres fruitiers, mais pas de la même manière.  Pour ces derniers, en effet, ils ne cherchent pas à monstruoser les arbres, mais seulement à les naniser, de manière à réduire les dimensions et à pouvoir opérer plus facilement la cueillette des fruits.
       Nous allons terminer par un examen de leur travail envisagé au point de vue théorique.
       Théorie de la déformation et nanisation des plantes. -- Peut-on indiquer les moyens par lesquels les Japonais arrivent à donner aux végétaux les formes monstrueueses ou naines dont nous venons de priés, faits à des époques également déterminées, que l'observation et la pratique ont appris à connaître ; la privation d'eau et de nourriture à différents moments de la végétation jouent aussi un important rôle, et il en est de même du contournement des branches.
       Du reste, il n'est pas douteux qu'indépendamment des procédés que nous venons d'énumérer, il y en a d'autres en rapport avec la nature des arbres et le but que l'on veut atteindre : par example, la multiplicité des tiges, leur constitution et leur conparler ?  La chose est impossible.  Toutefois, outre les procédés, il est à peu près hors de doute que le climat du Japon se prète à toutes ces opérations.  Ce qui est également certain, c'est qu'il faut aussi tenir un grand compte de la nature des plantes que l'on veut traiter, et que le choix de celles-ci est de première importance.  Tout en admettant ce choix, il faut bien reconnaître qu'il y a les opérations, qui, outre leur nature et leur importance, sont certainemnt de plusieurs sortes : d'abord, des pinçages approtournement à l'aide de racines, provient très-probablement du soulèvement continuellement réitéré de la tigelle et certainement aussi de la nature des racines, qui, par un allongement indéfini, se prêtent à ce traitement.  Observons, toutefois, qu'en même temps que l'allongement des racines se produit, il y a un contournement continuel des tiges, ce qui semble indiquer une végétation soutenue chez les plantes.
       Pour expliquer toutes ces formes, certains écrivains ont fait intervenir la « patience » des Japonais, à laquelle ils attribuent tous ces résultats.  Il est bien évident que la patience entre pour une grande part dans ce résultats, mais elle n'est pas tout, assurément, et il faut bien convenir qu'il y a autre chose, un talent particulier, et que ce n'est pas le hasard qui a déterminé ces choses.  Par exemple, un arbre plus que centenaire mesurant 1m 20 de hauteur sur 50 centimètres de diamètre, planté dans un vase d'un diamètre presque égal à celui de la tige, et restant bien portant, ne vient pas dans ces conditions si étrangement singulières sans avoir reçu des soins intelligents autres que ceux que l'on connaît généralement dans nos cultures.
 E.-A. CARRIÈRE. 2





NOTES

1    Blakely, Larry  "Who's In A Name, People Commemorated in Eastern Sierra Plant Names," Footnote 13, http://www.csupomona.edu/~larryblakely/whoname/who_pary.htm; http://www.peaceofmindnursery.com/catalog_i671770.html?catId=23395.

2    E.-A. Carrière,  "Japonaiseries," Revue horticole, 61:374-378; 1889.  A photocopy of this article was graciously given to RJB by Peter Del Tredici of Harvard's Arnold Arboretum, July 28, 2006.

Compare the above images with those from an earlier French article by Carrière, and an English rendering of that one.



Home  > Bonsai History  >  Pre1945 Biblio French  >  Japonaiseries